Publié dans La Lettre de l’Institut de Recherche de la FSU du 18 octobre 2023

 

La violence la plus extrême a surgi à nouveau au sein de l’école. Un enseignant a été assassiné parce que la folie de l’obscurantisme a voulu, une fois encore, faire taire la voix de celles et ceux, qui par l’enseignement et l’éducation, ont choisi de consacrer leur vie à émanciper la pensée des élèves qui leur sont confiés.
L’horreur du drame suscite toujours des réactions unanimes par lesquelles la société entière rend hommage à ses enseignants. Mais combien de temps, une fois nos larmes séchées, cet hommage perdurera-t-il ?

Faire le choix de la démocratie, et de l’éducation qui la rend possible, a un prix. Celui de la reconnaissance de l’école et de ses enseignantes et enseignants. Pas tant celle de la gratitude personnelle qui nourrit les souvenirs émus de celles et ceux qui ont marqué nos vies, que celle d’un choix politique de garantir le rôle essentiel qu’ils et elles jouent dans la promotion de la démocratie par la transmission des savoirs.
Cela suppose que la République, c’est à dire les institutions de l’État comme tous les citoyens, s’engagent à protéger les enseignants de toutes les pressions. Bien sûr de celles de la terreur et de la violence abjectes qui ont privé Samuel Paty et Dominique Bernard de leurs vies… mais aussi de toutes celles qui, qu’elles qu’en soient l’origine, usent de la violence, de la peur, de l’intimidation ou de la menace pour que l’école renonce à son ambition émancipatrice.
Que les conséquences de l’horreur abjecte de l’assassinat ne puissent pas être comparables à celles de violences plus ordinaires ne permet pas de relativiser ces dernières.
Nul ne doit pouvoir exercer une menace qui voudrait prescrire une morale qui dicte des normes de comportement au-delà des impératifs de la loi ou qui empêcherait que l’enseignement s’exerce dans les finalités d’une liberté éclairée par les savoirs et la raison.

Quand notre société deviendra-t-elle capable de s’interroger sur la relation dégradée qu’elle entretient avec ses enseignants ?
Leur neutralité garantit que la liberté qui leur est nécessaire ne puisse ouvrir la voie au prosélytisme, à la propagande ou à l’endoctrinement. Donc ce qu’il faut comprendre et admettre, c’est que le respect des enseignantes et des enseignants, la reconnaissance de leur indépendance et la confiance en leur engagement s’inscrivent dans une liberté que la République doit protéger parce que tout ce qui lui fait atteinte est le terreau d’une menace contre la démocratie.

Paul Devin, président de l’IR.FSU